Promouvoir la présence des femmes
dans les conseils d'administration
et les hauts-lieux de décision

L'Europe et les Femmes

L'Europe : ce que veulent les femmes

Ce que veulent (vraiment) les Femmes

Entretien par Stephen Bunard avec Josette Rome-Chastenet
 
Extrait  de « europeplusnet/infos ».

Josette Rome-Chastenet est :

porte-parole pour la France de la Marche mondiale des femmes, animatrice du réseau européen « Femmes et pouvoir » et à l'origine de l'initiative féministe pour le « non » au référendum sur la Constitution européenne.

ELLES font bouger l'Europe.

Quels sont leurs combats ?

Certains pays européens sont-ils des modèles ?

Les femmes marchent-elles sur les plates-bandes des hommes ?

La Constitution européenne leur est-elle favorable ?

« En Europe, 80% des précaires sont des femmes ! »

Sur quels terrains d'action travaille la Marche des femmes ?

Sa vocation est de lancer dans le monde entier des actions et des programmes de réflexion sur les thèmes de la lutte contre la pauvreté et contre les violences faites aux femmes, dans tous les domaines : violence conjugale, dans le cadre de la relation au travail, les intégrismes etc Beaucoup de propositions partent d'Espagne. Les associations féministes travaillent depuis longtemps sur des propositions de loi, et les Espagnols ont voté fin 2004 une loi-cadre à l'unanimité au Parlement, qui sanctionne toutes les violences avec un arsenal de mesures très contraignantes. Cette loi fait référence dans les autres pays européens et nous demandons à l'Union européenne l'adoption d'une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, qui puisse s'inspirer de cet exemple. Notre combat porte aussi sur l'identification des causes, d'où des actions dirigées contre le néolibéralisme. Les actions sont déclinées selon les continents et selon les pays, pour adapter les programmes aux réalités nationales. Au niveau européen, nous nous battons pour l'élimination de la pauvreté, le droit au travail, l'égalité des salaires, pour une meilleure formation professionnelle, contre les discriminations à l'embauche... Le thème général et unificateur est bien toutefois la lutte contre la précarité du travail, qui se développe fortement en Europe et touche essentiellement les femmes, 80% des précaires sont des femmes, tous métiers confondus, commerces et services. C'est un fait depuis quelques années, la pauvreté est féminisée en Europe.

Est-ce qu'il y aurait en Europe un pays modèle pour les femmes ? En Scandinavie, par exemple, réputée par la plus grande considération qui leur est accordée ?

Il n'y a plus de pays européens exemplaires. La Suède qui a été en pointe sur les questions féminines vit une régression dans tous les domaines ; naturellement, cela n'est pas aussi dramatique que la situation des femmes dans tous les pays d'Europe de l'Est. Là-bas, la pauvreté s'installe, les femmes sont mises à l'écart, leurs droits régressent, les avortements clandestins se développent à une allure folle ; on peut citer le chiffre imposant de 200.000 en Pologne, en 2004, contre 12.000 avortements médicaux autorisés.

L'autre point inquiétant en Europe, c'est la montée du religieux. Le religieux intervenant dans l'État entraîne des préjugés de discrimination à l'égard des femmes et l'idée d'une « culture de mort », quand par exemple le Pape, dans son dernier livre, assimile l'avortement à une extermination, osant un parallèle avec la Shoah. En Pologne, en Ukraine, le poids du religieux est préoccupant, et empiète sur le choix d'une sexualité, la liberté à disposer de son corps etc Mais l'on pourrait prendre aussi le cas de l'exception maltaise sur le thème de l'avortement. A côté de cela, il y aussi un développement de l'intégrisme islamiste sur le territoire européen. D'où notre combat pour la laïcité.

La Constitution européenne soumise à référendum fin mai, en France, recueille-t-elle vos faveurs ?

Le silence total du projet de Constitution sur les droits reproductifs et l'IVG à côté du « droit à la vie » est de très mauvais augure pour ce droit fondamental des femmes. Dans le pire des cas, cette omission permettra notamment à l'Église d'utiliser les moyens de pressions dont elle dispose pour faire du lobbying anti-avortement au sein de l'Union européenne. Sur un plan plus général, la Marche mondiale européenne a lancé un appel à s'opposer à la plupart des dispositions de ce Traité, considérant qu'il y a dans ce texte un recul par rapport au droit des femmes. Nous demandons que dans les valeurs de la Constitution soit réintégrée l'égalité hommes-femmes, qui a été enlevée, alors qu'elle figurait dans les droits constitutionnels antérieurs. C'est aujourd'hui considéré seulement comme un objectif.

La Marche mondiale Europe a décidé toutefois de ne pas prendre position pour le oui ou pour le non, puisque certaines associations de femmes en Europe souhaitent voter oui. Mais nous nous battons contre les effets de la Constitution et contre les dispositions qui nous apparaissent comme des régressions. Je voudrais prendre le cas de la Pologne, les Polonaises sont piégées ! Elles sortent d'années de marche forcée du « tout marché » et elles pensent qu'elles ont déjà payé un lourd tribut et que la Constitution ne peut que leur apporter du positif ; seule ombre au tableau, l'intervention du Vatican à tous les niveaux de l'état polonais, mais quand on leur dit que la Constitution est régressive, elles pensent que c'est le prix à payer pour que, elles, aient un peu plus de droits... Il y a là un vrai débat !

Vous animez, en marge de la Marche des femmes, le réseau « Femmes et pouvoirs », issu des forums sociaux ; les femmes veulent-elles prendre le pouvoir ?

(rires) La question du pouvoir est taboue dans les associations féministes, notre but est d'identifier les lieux de pouvoir, de définir de quel pouvoir on parle, économique, politique, privé... Il ne suffit pas de demander par exemple la parité, la présence des femmes dans les assemblées élues, la démonstration est faite que le bénéfice est faible, mais il faut que le pouvoir soit réellement partagé. Les féministes, pas seulement les femmes, doivent être à parité réelle 50-50 à haut niveau, s'il doit y avoir 50% de femmes dans un lieu de pouvoir, il faut que 50% d'hommes s'en aillent. On se heurte à la question, à côté des pouvoirs traditionnels, la féodalité ou le capitalisme, de la domination patriarcale, qui reste la domination absolue. La constitution est d'ailleurs néolibérale 'et' patriarcale. Au niveau des partis politiques mêmes les plus à gauche, cette dimension là n'est pas prise en compte. Des discriminations perdurent. Les syndicats ne se battent pas spécialement contre les discriminations salariales qui sont pleinement intégrées dans les cultures. Tant que cette domination sexuée, qui n'est pas dirigée contre les hommes, mais qui est une réalité historique n'est pas déconstruite, les femmes ne s'en sortiront pas. Le temps est venu de passer, pour les femmes et les féministes, de la résistance à la conquête. Même si la résistance a permis certains succès, ils ont toujours été remis en question, encore un exemple récent avec une manifestation organisée pour le droit à l'avortement pour maintenir la loi Veil, qui existe pourtant depuis trente ans, mais que d'aucuns voudraient abroger. Chaque fois que l'on gagner quelque chose, on doit continuer de se battre pour le sauvegarder.

PÊLE-MÊLE : quelques chiffres

Il existe environ 2.000 réseaux féminins en France, selon le mensuel L'Expansion (janvier 2005)
Environ 500.000 femmes sont victimes de la traite en Europe, chaque année, à des fins d'exploitation sexuelle.
Le nombre de femmes aux postes à responsabilités reste peu élevé, comme au Parlement européen, où 30,3 % des députés sont des femmes.
Les femmes au travail : 1 Lituanienne sur 2 exerce une activité et 41% ont des responsabilités de gestion. La France est à respectivement 46% et 35% et la moyenne européenne de 44% et 30%. (source : Eurostat)