Promouvoir la présence des femmes
dans les conseils d'administration
et les hauts-lieux de décision

Réseaux

Les cellules d’entraide s’importent en Suisse : Lise Cardinal et Diane Reinhard

Lise Cardinal a lancé la première cellule d'entraide au Quebec. Diane Reinhard s'est appuyée sur l'expérience de la Québécoise pour initier la Suisse romande à ce type de réseau féminins. Cliquez ici

Interview de Lise Cardinal pour Entreprise romande
 
Pourquoi vous êtes-vous spécialisée en réseautage ?
 
Je suis une autodidacte formée à l'école des multinationales.  Issue d'une famille d'entrepreneurs, un de mes beaux-frères fut le président fondateur du Groupement québécois des chefs d'entreprises.  A leur contact, j'ai été souvent à même de constater la pertinence de faire partie d'un réseau où l'entraide était à l'ordre du jour.
 
Plus tard, alors que j'évoluais dans un monde largement masculin, celui de la construction de centres commerciaux régionaux, mes patrons étaient anglophones et mon anglais était à l'époque plutôt marginal, il m'est apparu vital de créer des alliances.   Au début, pour arriver plus facilement à réaliser mes objectifs, j'avais recours au réseau de mes frères, ou de mes voisins.  Les réseaux de femmes n'existaient pas.
 
Il n'y avait pas de livres en français sur le sujet à l'époque alors il s'est imposé de consigner dans un livre les résultats de la recherche que j'avais amorcée.  "Quand le succès est affaire de réseau" est vite devenu un "bestseller".  J'étais loin de penser qu'il serait éventuellement utilisé dans les classes de marketing de certaines universités.  "Réseautage d'affaires: mode de vie est maintenant considéré la bible du réseautage responsable et durable.
 
Comment avez-vous contribué à populariser le mot réseautage en Suisse romande ?
 
Ce n'est qu'au début des années 90 que j'ai entendu pour la première fois le mot "réseautage".  À ce jour, je ne sais pas qui l'a inventé.  Tranquillement, il a fait son chemin dans les communications québécoises.  On le retrouve maintenant, assorti du verbe "réseauter", dans les publications gouvernementales. 
 
Lors de ma première conférence à Paris, on m'avait mise en garde, je ne devais pas utiliser ce terme.  On suggérait fortement que j'utilise "maillage".  J'ai refusé.  Après tout, on m'avait invitée pour parler de réseautage non?  En moins de 15 minutes TOUS les conférenciers au programme utilisaient le terme et personne ne s'en portait plus mal.  L'auditoire a même conjugué le verbe "réseauter" en choeur. au grand désespoir des interprètes en devoir.
 
Ce fut plus facile en Suisse romande.  A partir du moment où Rezonance a fait sienne cette expression, le mot "networking" a perdu sa place.
 
Ce mot est-il aussi connu dans le reste de la francophonie ?
 
Il n'est pas encore dans le Larousse mais devrait s'y retrouver bientôt.  L'Office québécois de la langue française  le préconise.  Je le retrouve de plus en plus dans les magazines européens de langue française.  Certains journalistes croient même que c'est moi qui l'ai créé, mais c'est faux.  Je me suis simplement appliquée à lui fournir ses lettres de noblesse.
 
Quelle notion de networking défendez-vous, comparativement à la notion américaine qui est souvent confondue avec la vente ?
 
Bien que défini par les Américains comme un "sport de contacts", pour moi, le réseautage est avant tout une formule d'entraide.  J'enseigne le réseautage responsable et durable basé sur la relation qu'on peut entretenir avec les gens que nous fréquentons ou qui sont appelés à faire partie de notre vie. 
 
Quelles sont les valeurs derrière le réseautage ?
 
L'habileté à aider est basée sur le fait que, comme individus, leur expérience de vie est différente de la nôtre.  Ce qui veut dire qu'ils ont accès à de l'information et du savoir différents des nôtres.  Cela a pour résultat qu'ils peuvent nous renseigner sur plusieurs sujets, augmentant par le fait même notre propre base d'information.  
 
Il va sans dire que nos contacts d'affaires vont être plus enclins à nous aider s'ils ont l'assurance que le moment venu, nous les aiderons à notre tour.  Par contre, si nous continuons à demander de l'aide sans jamais en fournir, c'est une question de temps avant qu'on nous ignore.
 
Vous avez aussi créé les cellules d'entraide pour femmes et vous êtes de passage en Suisse pour lancer deux nouvelles cellules. Quel en est le concept ?
 
J'ai créé ce concept alors que j'étais la vice-présidente du Réseau des femmes d'affaires du Québec, un réseau de 3500 femmes à l'époque.  Je me rendais compte que les femmes fonctionnaient mieux en petit groupe.  Elles souhaitaient développer des liens privilégiés et durables.  Lorsqu'elles se retrouvaient dans un grand groupe, elles se sentaient "en performance", une occasion de parader leur nouveau tailleur, tout au plus.  Les échanges demeuraient superficiels.
 
La cellule d'entraide vise à favoriser le partage d'expertises et d'expériences professionnelles et des échanges fructueux entre femmes d'affaires provenant de milieux professionnels diversifiés.  On y reçoit du support autant personnel que professionnel.  Les membres de cellules brisent ainsi leur isolement et découvrent les impacts d'un réseau d'affaires sur leur visibilité et leur cheminement de carrière.  La cellule comprend un maximum de 15 femmes de tous les âges et d'expertises diverses.
 
Votre amour de la langue française ?
 
Parce que 80% de ma recherche se fait en anglais, je dois me faire constamment violence pour éliminer de mes conférences les anglicismes et les calques de l'anglais.  Bien qu'une majorité de Québécois soit à l'aise de s'exprimer dans les deux langues, nous nous efforçons de ne parler qu'une langue à la fois.  Nous sommes appuyés - et fortement encouragés - dans nos efforts en ce sens par l'Office québécois de la langue française auquel on peut s'adresser pour obtenir rapidement la traduction du mot qui nous cause problème.  Au besoin, on nous les "crée".  C'est ainsi que les "emails" sont devenus des "courriels", expression que les Français nous ont fait la surprise d'adopter.
 
La  Suisse romande est tout aussi exposée à voir sa langue officielle menacée d'extinction que la nôtre au Québec. J'avoue bien candidement que je trouve pénible l'utilisation suisse de "business plan" alors que "plan d'affaires" est tout aussi explicite.  Il en va de même pour "mentoring" alors que partout ailleurs on utilise "mentorat".  Je verrais très bien Rezonance devenir le porte-flambeau de la "renaissance" de cette langue qui a déjà fait l'orgueil de nos ancêtres.