a
parité professionnelle ? Elle l'applique dans sa propre entreprise.
Un cas exceptionnel alors qu'on célèbre cette semaine
la Journée des femmes.
Mère de trois enfants, commissaire aux comptes et PDG de
Boissière Expertise Audit, Tita Zeïtoun, la sur
du réalisateur Ariel, affiche cent mandats, 7,5 millions
de francs d'honoraires pour 70 à 80 heures de travail par
semaine. À 53 ans, cette femme de tête (sur de très
jolies épaules) pratique la parité dans son entreprise
depuis 1974. Une parité qu'elle aimerait introduire en douceur
ailleurs que dans sa société. C'est pourquoi, en 1997,
elle a monté une association, Action de femme, afin de promouvoir
davantage la présence féminine dans les conseils d'administration.
En costume d'homme, chemisier blanc à la BHL et coupe de
cheveux tendance, Tita Zeïtoun tempère la Journée
internationale des femmes du 8 mars. " Nous sommes femmes toute
l'année. Agir de la sorte, c'est presque faire de nous une
exception. Cette idée de Journée de la femme était
sans doute nécessaire autrefois. Mais je crois qu'en vingt-cinq
ans, la mixité obligatoire dans les écoles primaires
a permis de façonner une génération qui, aujourd'hui,
trouve évident ce que nos aînées réclamaient
à cor et à cri ". Les filles-femmes des années
2000, elle en est convaincue, ont le choix : celui de travailler,
d'occuper des postes de décideurs ou de rester à la
maison. " Les femmes veulent et peuvent tout ".
Pour cette native de Tunis, l'intégration, lorsqu'elle est
arrivée en France à l'âge de 13 ans, s'est faite
naturellement. " J'ai trouvé normal de me battre et
je n'ai pas rencontré d'obstacle majeur ". Elle se souvient
de Jacques Cornelis, grand fiscaliste français, qui lui a
donné sa chance lorsqu'elle avait 25 ans. " Je me rappelle
m'être plainte de devoir porter cette espèce d'armure
textile d'executive woman. Il m'a rétorqué : "
Vous croyez que cela nous amuse de mettre des costumes trois-pièces.
" J'ai compris que seule la compétence comptait ".
Tita Zeïtoun serait-elle une exception ? Probablement. Dans
un rapport sur l'égalité professionnelle entre hommes
et femmes remis en septembre dernier par Catherine Génisson,
député (PS) du Pas-de-Calais, on constate que "
les discriminations en termes d'embauche, de salaire, d'accès
à la formation ou à la promotion n'ont pas disparu
". Au sein des 5 000 premières entreprises, les femmes
représentent 7 % des cadres dirigeants. La différence
de salaire atteint les 27 % chez l'ensemble des salariés
au détriment des femmes. Et cela bien qu'elles soient souvent
plus diplômées que les hommes.
Pour Tita Zeïtoun, il n'est pas concevable d'imposer aux décideurs
un quota de femmes à embaucher, comme aux partis politiques
pour les élections. Il suffit de faire évoluer les
mentalités, d'éduquer les gens. " On y arrive,
affirme-t-elle. L'entreprise va de plus en plus vers la femme et
non le contraire. Mais il faudrait aller plus loin, notamment en
matière de garde d'enfants. Les intégrer aux entreprises
ou prolonger les horaires de façon à permettre aux
mères de ne pas devoir quitter le bureau en catastrophe vers
18 h.
" C'est pour cela qu'elle a choisi de se battre. " L'envie
m'est venue lors d'un conseil d'administration d'une société
cotée en bourse. Il y avait un problème dans les comptes.
J'ai osé le signifier au président. Il m'a répondu
: " Madame, c'est la seule question qu'il ne fallait pas poser
". Personne n'a bronché. Je suis sûre que s'il
y avait eu une femme au sein de ce conseil, elle serait intervenue.
Nous sommes plus franches. " Aujourd'hui, Tita Zeïtoun
se félicite qu'Anne Lauvergeon ait été nommée
présidente du conseil d'administration de la Cogema, tout
comme Samira Bakarat chez Sovac. Trois femmes ont également
rejoint le conseil d'administration de Bull, une celui de Vivendi.
C'est peu, mais mieux que rien.
Karen LAJON