e parcours de Tita Zeïtoun est rocambolesque.
Arrivée en France à l'âge de l'adolescence,
entrée jeune dans le monde du travail, c'est pourtant un
événement personnel tragique qui lui donnera l'impulsion
pour faire d'elle la femme d'affaires reconnue aujourd'hui. Avec
une mission qui lui tient particulièrement à cur,
se battre pour ses consurs.
Tita Zeïtoun naît en 1947 à Tunis (Tunisie). Elle
quitte sa vie natale à l'âge de 13 ans, direction la
France. À leur arrivée, à Paris, Ariel Zeïtoun
commande à ses enfants de " se fondre dans le paysage
".
Tita Zeïtoun prend donc le chemin de l'école et passe
un CAP, puis un BEP d'aide-comptable. Rien ne la destine alors à
prendre la tête d'un grand cabinet d'audit parisien. Elle
envisage plutôt de travailler le plus rapidement possible.
" Ma veine, et mon avantage, furent de tomber gravement malade
en 1963 ", confesse-t-elle. Une tuberculose pulmonaire. Une
maladie grave. Une maladie qu'elle combattra pendant deux ans, jusqu'en
1965. " Pendant ces deux années, j'ai pu poursuivre
mes études... et décrocher le baccalauréat
! ". Bel exemple de courage ! De sa souffrance elle tirera
une grande force, et rien ne pourra plus l'arrêter. Elle enchaîne
les diplômes comme d'autres les exploits sportifs : licence
de droit, expertise comptable - obtenue à l'âge de
25 ans - et commissariat aux comptes. Mai 1968 ? " J'y étais
sans y être... Je ne voulais pas que l'on détruise
ce que j'avais eu tellement de mal à construire ".
En 1974, elle rencontre Jacques Cornelis, qui est directeur chez
Francis Lefebvre. Ensemble ils montent une société
pour gérer l'activité commissariat aux comptes de
Lefebvre. Tita Zeïtoun en profite pour se forger " une
carapace professionnelle en matière fiscale ". En 1986,
Jacques Cornelis prend sa retraite, et elle crée son propre
Cabinet sous la forme d'une S.A. au capital de 250 000 francs. Entre
temps elle a le temps de se marier, d'avoir trois enfants, aujourd'hui
âgés de 20, 18 et 15 ans et... de divorcer. En 1997,
Boissière Expertise Audit affiche une belle réussite
avec 90 mandats de commissaires aux comptes, dont quatre concernent
des sociétés cotées en bourse, un CA de 7 millions
de francs et 12 employés, dont 7 femmes... Car sa dernière
action concerne les femmes. " Parmi les 200 premières
entreprises françaises, il n'y a pas une seule femme au poste
de dirigeant ! ". Pire, parmi les 2 283 administrateurs de
ces sociétés, 60 seulement sont de sexe féminin.
Une injustice criante, " un flagrant délit de machisme
" qui situe la France au 40ème rang des pays pour l'utilisation
des compétences féminines en matière économique,
" derrière le Guatemala, la Chine ou les Philippines
! ". Le chef d'entreprise décide donc de créer
l'association " Action de Femme ", pour promouvoir l'entrée
des femmes dans les conseils d'administration des entreprises françaises.
" L'association ne cherche pas à imposer la femme à
tout prix, mais à la faire accepter pour ses qualités
de gestionnaire : logique, réaliste, capable de se projeter
dans le futur... " Action de Femme comprend déjà
une centaine de membres, dont une majorité d'hommes, au premier
rang desquels François Pinault. Si le lobbying est l'activité
principale del'association, un journal doit bientôt voir le
jour, pour relayer par l'écrit, les engagements de la parole.
Tita Zeïtoun, ou le combat sans relâche d'une femme pour
ses idées !
François REVOUY