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la tête d'un des rares cabinets
d'audit dirigés par une femme, Tita Zeïtoun s'est découvert
un nouveau combat : la promotion de ses consurs.
À 52 ans, Tita Zeïtoun se retrouve à la
tête d'un cabinet d'audit parisien, BEA (Boissière
Expertise Audit) qu'elle a créé elle-même en
1974, et qui gère aujourd'hui plus de cent mandats de commissaires
aux comptes, génère 7,5 millions de francs d'honoraires
et emploie douze personnes, ce qui fait d'elle une des rares femmes
à occuper ce poste dans un monde typiquement masculin. Pourtant,
là n'est pas la seule réussite de cette Française
d'origine tunisienne, qui revendique fièrement ses origines
et illustre à elle seule la volonté faite femme.
Sa position actuelle d'associée avec 90 % des parts de son
cabinet face à six autres associés n'est que le résultat
d'une vie faite de combats. Tout commence en 1960, à l'arrivée
en France de Tita Zeïtoun avec sa famille, rapatriée
de Tunisie. Elle a treize ans et n'a pas vraiment le choix lorsque
son père l'inscrit à un CAP d'aide-comptable pour
qu'elle gagne sa vie. Celle qui voulait devenir actrice met ses
rêves dans sa poche et découvre chiffres et bilans.
Une tuberculose pulmonaire décelée en 1963 décidera
en fait pour elle de l'orientation de sa vie future : les deux ans
qu'elle passe dans un sanatorium ne sont pas perdus, elle en profite
pour passer son baccalauréat et, sur sa lancée intègre
une école de commerce, passe une licence de droit et commence
un stage d'expertise comptable dans un cabinet parisien.
En 1974, elle rencontre celui qu'elle n'hésite pas à
appeler " son maître ", Jacques Cornelis, conseil
fiscal au sein du cabinet Francis Lefebvre, à la recherche
d'un juriste pour s'occuper des dossiers de commissaires aux comptes.
Elle crée alors sa propre clientèle et travaille en
indépendante jusqu'en 1986, où elle transforme son
cabinet, BEA, en société anonyme.
Entre-temps, elle aura eu trois enfants, développé
son cabinet et, surtout, découvert ce qui fait aujourd'hui
partie de ses priorités, la flagrante sous-représentation
des femmes dans les états-majors des grandes entreprises
françaises (voir encadré). Ce qui ne l'empêche
pas de continuer depuis toujours à se lever tous les vendredis
à six heures du matin pour préparer elle-même
le couscous traditionnel qu'elle servira le soir à sa famille
réunie chez elle.
Tita Zeïtoun n'hésite pas à se mettre elle-même
en avant en jouant sur sa propre image. Il faut dire que la cause
qu'elle défend avec passion est pour elle des plus importantes.
En créant, en 1997, Action de Femme, Tita Zeïtoun avait
clairement l'intention de promouvoir la présence des femmes
dans les conseils d'administration. " De sources officielles,
qu'il s'agisse du Bureau international du travail ou du rapport
mondial sur le développement humain, 4 % seulement des membres
des conseils d'administration sont des femmes, un certain nombre
d'ailleurs y sont présentes non pas à titre personnel
mais comme représentant une personne morale et d'autres siègent
par héritage des actionnaires fondateurs, déplore
Tita Zeïtoun. Ce qui nous place au 40ème rang mondial,
soit derrière le Guatemala, les Philippines ou la Chine dans
le classement des pays qui utilisent les compétences des
femmes dans les postes économiques ! " Pire, selon le
Guide des états-majors, il aura fallu attendre 1998 pour
que, pour la première fois cette année, quatre femmes
fassent leur apparition dans l'univers des PDG. Au total, sur les
3 986 mandats d'administrateurs recensés dans les 400 entreprises
du guide, hors administrateurs salariés, 113 femmes seulement
se partagent 127 mandats. " Je n'aurais jamais pu être
une femme au foyer, même si ce sont mes enfants qui sont ma
raison de vivre, se défend celle qui ne veut surtout pas
être assimilée à une féministe pure et
dure. Mais je ne comprends pas ce machisme ambiant. " Les notions
de parité hommes-femmes ou de quotas ne sont pas vraiment
sa tasse de thé. " L'action de notre association a pour
seule ambition l'intérêt de l'entreprise : l'esprit
pragmatique, indépendant et responsable des femmes permet
de soulever, voir de résoudre des problèmes sous un
aspect différent. " Action de Femme comprend déjà
quarante adhérents, dont Fabien Ouaki (Tati), François
Pinault, Henri Racamier, pour la plupart des hommes. C'est via le
lobbying, le bouche-à-oreille, les relations mais aussi une
lettre trimestrielle que Tita a l'intention de faire entendre sa
voix et par là même celle de ses consurs.
Nathalie CONTE
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