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LE FIGARO ÉCONOMIQUE, lundi 25 janvier 1999

Le succès au féminin
Tita Zeïtoun aux commandes

la tête d'un des rares cabinets d'audit dirigés par une femme, Tita Zeïtoun s'est découvert un nouveau combat : la promotion de ses consœurs.
 À 52 ans, Tita Zeïtoun se retrouve à la tête d'un cabinet d'audit parisien, BEA (Boissière Expertise Audit) qu'elle a créé elle-même en 1974, et qui gère aujourd'hui plus de cent mandats de commissaires aux comptes, génère 7,5 millions de francs d'honoraires et emploie douze personnes, ce qui fait d'elle une des rares femmes à occuper ce poste dans un monde typiquement masculin. Pourtant, là n'est pas la seule réussite de cette Française d'origine tunisienne, qui revendique fièrement ses origines et illustre à elle seule la volonté faite femme.

Du CAP à la licence

Sa position actuelle d'associée avec 90 % des parts de son cabinet face à six autres associés n'est que le résultat d'une vie faite de combats. Tout commence en 1960, à l'arrivée en France de Tita Zeïtoun avec sa famille, rapatriée de Tunisie. Elle a treize ans et n'a pas vraiment le choix lorsque son père l'inscrit à un CAP d'aide-comptable pour qu'elle gagne sa vie. Celle qui voulait devenir actrice met ses rêves dans sa poche et découvre chiffres et bilans.
Une tuberculose pulmonaire décelée en 1963 décidera en fait pour elle de l'orientation de sa vie future : les deux ans qu'elle passe dans un sanatorium ne sont pas perdus, elle en profite pour passer son baccalauréat et, sur sa lancée intègre une école de commerce, passe une licence de droit et commence un stage d'expertise comptable dans un cabinet parisien.
En 1974, elle rencontre celui qu'elle n'hésite pas à appeler " son maître ", Jacques Cornelis, conseil fiscal au sein du cabinet Francis Lefebvre, à la recherche d'un juriste pour s'occuper des dossiers de commissaires aux comptes. Elle crée alors sa propre clientèle et travaille en indépendante jusqu'en 1986, où elle transforme son cabinet, BEA, en société anonyme.

Priorité
Entre-temps, elle aura eu trois enfants, développé son cabinet et, surtout, découvert ce qui fait aujourd'hui partie de ses priorités, la flagrante sous-représentation des femmes dans les états-majors des grandes entreprises françaises (voir encadré). Ce qui ne l'empêche pas de continuer depuis toujours à se lever tous les vendredis à six heures du matin pour préparer elle-même le couscous traditionnel qu'elle servira le soir à sa famille réunie chez elle.

" L'INTÉRÊT DE L'ENTREPRISE "
Tita Zeïtoun n'hésite pas à se mettre elle-même en avant en jouant sur sa propre image. Il faut dire que la cause qu'elle défend avec passion est pour elle des plus importantes. En créant, en 1997, Action de Femme, Tita Zeïtoun avait clairement l'intention de promouvoir la présence des femmes dans les conseils d'administration. " De sources officielles, qu'il s'agisse du Bureau international du travail ou du rapport mondial sur le développement humain, 4 % seulement des membres des conseils d'administration sont des femmes, un certain nombre d'ailleurs y sont présentes non pas à titre personnel mais comme représentant une personne morale et d'autres siègent par héritage des actionnaires fondateurs, déplore Tita Zeïtoun. Ce qui nous place au 40ème rang mondial, soit derrière le Guatemala, les Philippines ou la Chine dans le classement des pays qui utilisent les compétences des femmes dans les postes économiques ! " Pire, selon le Guide des états-majors, il aura fallu attendre 1998 pour que, pour la première fois cette année, quatre femmes fassent leur apparition dans l'univers des PDG. Au total, sur les 3 986 mandats d'administrateurs recensés dans les 400 entreprises du guide, hors administrateurs salariés, 113 femmes seulement se partagent 127 mandats. " Je n'aurais jamais pu être une femme au foyer, même si ce sont mes enfants qui sont ma raison de vivre, se défend celle qui ne veut surtout pas être assimilée à une féministe pure et dure. Mais je ne comprends pas ce machisme ambiant. " Les notions de parité hommes-femmes ou de quotas ne sont pas vraiment sa tasse de thé. " L'action de notre association a pour seule ambition l'intérêt de l'entreprise : l'esprit pragmatique, indépendant et responsable des femmes permet de soulever, voir de résoudre des problèmes sous un aspect différent. " Action de Femme comprend déjà quarante adhérents, dont Fabien Ouaki (Tati), François Pinault, Henri Racamier, pour la plupart des hommes. C'est via le lobbying, le bouche-à-oreille, les relations mais aussi une lettre trimestrielle que Tita a l'intention de faire entendre sa voix et par là même celle de ses consœurs.

Nathalie CONTE
 

 
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