Le Point : L’Allemagne est-elle
le bon élève de l’Europe pour la place
des femmes dans les conseils d’administration ?
Tita Zeïtoun :
Non. Je crois que l’exemple
de Bertelsmann est isolé. Les Allemandes qui travaillent
ont encore moins d’avantages que les Françaises
pour faire garder leurs enfants. L’Angleterre, l’Allemagne
et la France se partagent la même mauvaise palme d’or.
En Espagne, il y a un léger mieux, mais les femmes
ne dépassent pas 10 %. C’est au Canada qu’elles
sont les plus nombreuses.
Le Point : Quelle est la situation
en France ?
Tita Zeïtoun :
Entre 1997 et 2000, les
femmes sont passées de 3,2 à 5,4 % des places
dans les conseils d’administration du CAC 40. Cette
avancée reste très marginale. Ce sont souvent
des entreprises familiales ou des héritages, comme
Mme Bettencourt pour L’Oréal. En revanche, quand
on tient une femme, on l’attrape et on la place partout,
comme Isabelle Bouillot, que l’on retrouve à
La Poste, à Saint Gobain et chez Accor. Même
chose pour Anne Lauvergeon, qui est membre des conseils de
Suez, Sagem, Pechiney et Total Fina Elf. Et puis il y a des
reculs : par exemple, le mise à l’écart
de Michèle Cotta à France Télévision.
Le Point : Attendez-vous une évolution
des mentalités dans les années à venir
?
Tita Zeïtoun : Cela
prendra du temps. Les femmes doivent s’imposer par leur
compétence professionnelle. Si on prend le cas de la
BNP, Michel Pébereau a adhéré à
mon association. C’est un pas en avant. On peut supposer
que, si l’occasion se présente, il pensera à
nommer une femme. Ce qui pourrait changer les choses serait
que l’on décide de l’entrée d’administrateurs
indépendants. A ce moment-là, on pourrait peut-être
imposer des femmes. J’avais évoqué cette
possibilité il y a un an et demi avec Laurent Fabius,
lorsqu’il était ministre de l’Economie.
Propos recueillis par
Etienne Gernelle