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Actualités et Entreprise

L'Europe et les Femmes

L'EUROPE : ce que veulent les femmes.

Entretien

Ce que veulent (vraiment) les femmes...
Par Stephen Bunard
4/03/2005
Extrait « europeplusnet/infos »

ELLES font bouger l'Europe. Mardi 8 mars, journée internationale des femmes. Quels sont leurs combats ? Certains pays européens sont-ils des modèles ? Les femmes marchent-elles sur les plates-bandes des hommes ? La Constitution européenne leur est-elle favorable ?

Rencontre avec la Marche des femmes.

Entretien avec Josette Rome-Chastanet,

porte-parole pour la France de la Marche mondiale des femmes, animatrice du réseau européen « Femmes et pouvoir » et à l'origine de l'initiative féministe pour le « non » au référendum sur la Constitution européenne.

« En Europe, 80% des précaires sont des femmes ! »

 

Sur quels terrains d'action travaille la Marche des femmes ?

Sa vocation est de lancer dans le monde entier des actions et des programmes de réflexion sur les thèmes de la lutte contre la pauvreté et contre les violences faites aux femmes, dans tous les domaines : violence conjugale, dans le cadre de la relation au travail, les intégrismes etc Beaucoup de propositions partent d'Espagne. Les associations féministes travaillent depuis longtemps sur des propositions de loi, et les Espagnols ont voté fin 2004 une loi-cadre à l'unanimité au Parlement, qui sanctionne toutes les violences avec un arsenal de mesures très contraignantes. Cette loi fait référence dans les autres pays européens et nous demandons à l'Union européenne l'adoption d'une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, qui puisse s'inspirer de cet exemple. Notre combat porte aussi sur l'identification des causes, d'où des actions dirigées contre le néolibéralisme. Les actions sont déclinées selon les continents et selon les pays, pour adapter les programmes aux réalités nationales. Au niveau européen, nous nous battons pour l'élimination de la pauvreté, le droit au travail, l'égalité des salaires, pour une meilleure formation professionnelle, contre les discriminations à l'embauche... Le thème général et unificateur est bien toutefois la lutte contre la précarité du travail, qui se développe fortement en Europe et touche essentiellement les femmes, 80% des précaires sont des femmes, tous métiers confondus, commerces et services. C'est un fait depuis quelques années, la pauvreté est féminisée en Europe.

Est-ce qu'il y aurait en Europe un pays modèle pour les femmes ? En Scandinavie, par exemple, réputée par la plus grande considération qui leur est accordée ?

Il n'y a plus de pays européens exemplaires. La Suède qui a été en pointe sur les questions féminines vit une régression dans tous les domaines ; naturellement, cela n'est pas aussi dramatique que la situation des femmes dans tous les pays d'Europe de l'Est. Là-bas, la pauvreté s'installe, les femmes sont mises à l'écart, leurs droits régressent, les avortements clandestins se développent à une allure folle ; on peut citer le chiffre imposant de 200.000 en Pologne, en 2004, contre 12.000 avortements médicaux autorisés.

L'autre point inquiétant en Europe, c'est la montée du religieux. Le religieux intervenant dans l'État entraîne des préjugés de discrimination à l'égard des femmes et l'idée d'une « culture de mort », quand par exemple le Pape, dans son dernier livre, assimile l'avortement à une extermination, osant un parallèle avec la Shoah. En Pologne, en Ukraine, le poids du religieux est préoccupant, et empiète sur le choix d'une sexualité, la liberté à disposer de son corps etc Mais l'on pourrait prendre aussi le cas de l'exception maltaise sur le thème de l'avortement. A côté de cela, il y aussi un développement de l'intégrisme islamiste sur le territoire européen. D'où notre combat pour la laïcité.

La Constitution européenne soumise à référendum fin mai, en France, recueille-t-elle vos faveurs ?

Le silence total du projet de Constitution sur les droits reproductifs et l'IVG à côté du « droit à la vie » est de très mauvais augure pour ce droit fondamental des femmes. Dans le pire des cas, cette omission permettra notamment à l'Église d'utiliser les moyens de pressions dont elle dispose pour faire du lobbying anti-avortement au sein de l'Union européenne. Sur un plan plus général, la Marche mondiale européenne a lancé un appel à s'opposer à la plupart des dispositions de ce Traité, considérant qu'il y a dans ce texte un recul par rapport au droit des femmes. Nous demandons que dans les valeurs de la Constitution soit réintégrée l'égalité hommes-femmes, qui a été enlevée, alors qu'elle figurait dans les droits constitutionnels antérieurs. C'est aujourd'hui considéré seulement comme un objectif.

La Marche mondiale Europe a décidé toutefois de ne pas prendre position pour le oui ou pour le non, puisque certaines associations de femmes en Europe souhaitent voter oui. Mais nous nous battons contre les effets de la Constitution et contre les dispositions qui nous apparaissent comme des régressions. Je voudrais prendre le cas de la Pologne, les Polonaises sont piégées ! Elles sortent d'années de marche forcée du « tout marché » et elles pensent qu'elles ont déjà payé un lourd tribut et que la Constitution ne peut que leur apporter du positif ; seule ombre au tableau, l'intervention du Vatican à tous les niveaux de l'état polonais, mais quand on leur dit que la Constitution est régressive, elles pensent que c'est le prix à payer pour que, elles, aient un peu plus de droits... Il y a là un vrai débat !

Vous animez, en marge de la Marche des femmes, le réseau « Femmes et pouvoirs », issu des forums sociaux ; les femmes veulent-elles prendre le pouvoir ?

(rires) La question du pouvoir est taboue dans les associations féministes, notre but est d'identifier les lieux de pouvoir, de définir de quel pouvoir on parle, économique, politique, privé... Il ne suffit pas de demander par exemple la parité, la présence des femmes dans les assemblées élues, la démonstration est faite que le bénéfice est faible, mais il faut que le pouvoir soit réellement partagé. Les féministes, pas seulement les femmes, doivent être à parité réelle 50-50 à haut niveau, s'il doit y avoir 50% de femmes dans un lieu de pouvoir, il faut que 50% d'hommes s'en aillent. On se heurte à la question, à côté des pouvoirs traditionnels, la féodalité ou le capitalisme, de la domination patriarcale, qui reste la domination absolue. La constitution est d'ailleurs néolibérale 'et' patriarcale. Au niveau des partis politiques mêmes les plus à gauche, cette dimension là n'est pas prise en compte. Des discriminations perdurent. Les syndicats ne se battent pas spécialement contre les discriminations salariales qui sont pleinement intégrées dans les cultures. Tant que cette domination sexuée, qui n'est pas dirigée contre les hommes, mais qui est une réalité historique n'est pas déconstruite, les femmes ne s'en sortiront pas. Le temps est venu de passer, pour les femmes et les féministes, de la résistance à la conquête. Même si la résistance a permis certains succès, ils ont toujours été remis en question, encore un exemple récent avec une manifestation organisée pour le droit à l'avortement pour maintenir la loi Veil, qui existe pourtant depuis trente ans, mais que d'aucuns voudraient abroger. Chaque fois que l'on gagner quelque chose, on doit continuer de se battre pour le sauvegarder.

PÊLE-MÊLE : quelques chiffres

Il existe environ 2.000 réseaux féminins en France, selon le mensuel L'Expansion (janvier 2005)
Environ 500.000 femmes sont victimes de la traite en Europe, chaque année, à des fins d'exploitation sexuelle.
Le nombre de femmes aux postes à responsabilités reste peu élevé, comme au Parlement européen, où 30,3 % des députés sont des femmes.
Les femmes au travail : 1 Lituanienne sur 2 exerce une activité et 41% ont des responsabilités de gestion. La France est à respectivement 46% et 35% et la moyenne européenne de 44% et 30%. (source : Eurostat)

L'EUROPE ET LES FEMMES ! 10 janvier 2005

L'Europe et les femmes : mode d'emploi. Pour en savoir plus, cliquez ici

BRÈVES DU LEF n°25, Décembre 2003

Editorial - Les voeux pour 2004
Quoique tragique à bien des égards, et même si elle s'est clôturée par l'échec du Conseil Européen qui, dans le cadre de la CIG, devait approuver le Traité Constitutionnel dont le texte a été préparé par la Convention, l'année 2003 a été quand même parsemée d'autres événements qui permettent un prudent optimisme. On ne s'attardera pas sur des analyses mais on doit tout de même s'interroger : le désaccord sur la pondération des votes n'est-t-il pas un voile derrière lequel se cachent d'autres vetos inavoués dans bien d'autres domaines, y compris le secteur ? Pour sa part, l'AFEM s'est mobilisée inlassablement depuis deux ans déjà en faveur de l'inclusion dans le texte constitutionnel de dispositions spécifiques en matière d’égalité de genre et d’autres droits fondamentaux, et tout particulièrement pour que l’égalité entre les femmes et les hommes soit expressément mentionnée comme une valeur de l’Union européenne. Au total, l'AFEM a émis treize positions, envoyé d'innombrables lettres, participé à plusieurs audits et conférences, rédigé des articles, et interpellé de nombreuses personnalités politiques européennes sur ces sujets, dont l’aboutissement a été le troisième appel à la CIG lancé début décembre (voir ci-après). Elle s’est également associée aux démarches du Groupe de Contact de la Société Civile (dans le cadre de la campagne Act4Europe) et s’est activement mobilisée dans le cadre de la campagne pour la création du Groupe de travail "Europe Sociale" au sein de la Convention dont le rapport final a constitué un outil précieux à nos actions. Le consensus autour d'un texte constitutionnel n’ayant pas été obtenu, les perspectives ne sont pas brillantes. On peut légitimement s’inquiéter du résultat des élections européennes (début juin 2004) dont la campagne permettra aux adversaires de l'approfondissement de l'intégration – voire de l'intégration elle-même – de jouer fort, soutenus par l’échec de la CIG. L'opinion publique européenne qui s'est déjà montrée peu concernée par le débat autour de la réforme des traités va-t-elle se mobiliser pour la participation électorale? Et cette mobilisation se fera-t-elle autour de programmes électoraux pour plus d'Europe ou pour moins d'Europe ? Espérons que cet inter-règne de la CIG contribue à vérifier l'importance d'une Constitution Européenne qui constitue un outil fondamental à l'affirmation de l'Europe en tant qu'espace de liberté, justice et sécurité, où les femmes et les hommes soient partenaires, investis d'égale dignité et de droits égaux dans tous les domaines L'AFEM (dont les statuts appellent à la promotion de l'intégration européenne) restera attentive et poursuivra avec persévérance la lutte pour la cause des droits des femmes, et plus généralement des droits fondamentaux en Europe. En espérant que 2004 permettra à nos actions de s’affirmer plus encore, je présente à tous les lecteurs(trices) de la Gazette mes meilleurs vœux de santé et de succès pour la nouvelle année ! Ana Coucello – Présidente .

Pour plus d’informations, contacter Stéphanie par mèl : contact@actiondefemme.fr