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Le portrait de Sidonie Dumas

Sidonie Dumas ? Le nom est encore inconnu. La fille de Nicolas Seydoux a pris il y a tout juste un an les rênes de la vieille dame du cinéma français : la Gaumont. Un défi pour cette jeune femme de trente-huit ans, dont la famille, héritière de la fortune Schlumberger, est devenue la plus puissante du cinéma dans l'Hexagone. Nicolas préside le conseil de surveillance de Gaumont, Jérôme, l'aîné, possède Pathé, Michel a produit Resnais et Mikhalkov. Une tradition ? « Le cinéma est une passion familiale. C'est mon goût pour le cinéma qui a fait que je suis arrivée progressivement à cette fonction. » Sidonie grandit dans l'ambiance feutrée des salles et dans la pellicule. « Enfant, j'ai adoré «Certains l'aiment chaud», «Angélique, marquise des anges», «Chantons sous la pluie»... » Bien davantage que les études, abandonnées après un DEUG de droit. « L a première fois que je suis allée sur un tournage, c'était sur «Le Grand Bleu», de Luc Besson. Mon père m'avait proposé de l'accompagner. Arrivée en Grèce, j'ai vécu comme une révélation. J'ai vu le côté magique des tournages. » Au fil des stages que lui propose Luc Besson, Sidonie découvre l'envers du décor et fait, à vingt-quatre ans, son entrée chez Gaumont. « Je me suis occupée de l'accueil des projets et du développement des premiers films. » Sa mission consiste à sélectionner une poignée de scripts parmi les 800 reçus chaque année. Elle apprend à dire non et à se battre afin de faire passer les projets qui lui tiennent à coeur. Il lui a notamment fallu des années pour développer celui d'un jeune réalisateur, Mabrouk el Mechri : « J'ai toujours eu accès à quelqu'un qui va au-delà de ses goûts, qui a la capacité de s'effacer au profit de l'univers d'un auteur. C'est très, très rare. J'ai trouvé ma productrice, ma David O. Selznick à moi ! » Son premier film, « Virgile », sortira le 14 septembre. Ce qu'il faut pour la séduire ? « Une histoire, un univers, une rencontre humaine. On essaie de se mettre à la place d'un spectateur. Qu'est-ce qui est dans l'air du temps ? Je suis très curieuse de voir des univers différents. Mabrouk en a un. Je pense qu'il est important que Gaumont donne sa chance à de premiers films. » En juillet 2004, Sidonie Dumas prend la tête du directoire de Gaumont. « Avec mon père, nous avons longuement discuté de mon investissement dans la société, de ma vision, de mon désir d'en faire quelque chose... Et puis nous avons parlé de la mise en place du directoire. Il y avait beaucoup d'inquiétude de ma part quant à mes capacités, à ma compétence. J'ai finalement pris cette décision. Je ne la regrette en aucun cas. (...) C'est un directoire, je ne suis pas seule. Franck Chorot et Christophe Riandée m'épaulent. Nous avons chacun des domaines précis de compétence. J'ai un titre de présidente du directoire, mais nous sommes trois à prendre des décisions. Cette collégialité fait la grande différence. Je suis plus particulièrement chargée de la production, le coeur de métier. » Franck Chorot salue la « stabilité » qu'a apportée sa nomination à la société, « sa mémoire du catalogue, son management en douceur ». Pour Sidonie Dumas, une nécessité. « Une large part des salariés sont là depuis plus de trente ans. Il y a une grande fidélité chez Gaumont... et la nécessité de fidéliser les talents et les gens qui travaillent avec nous. (...) Les paillettes, c'est la vitrine. A l'intérieur, il y a une société patrimoniale qui a un catalogue très important, après celui de Canal+. On fête cette année les cent dix ans de la Marguerite, qui a pris un bain de jouvence et a encore de longues années devant elle. (...) Nous voudrions faire une dizaine de films par an, et qu'il y en ait pour tous les publics.